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Mercredi 9 juillet 2008


Vendredi 26 août


J'apprécie cette journée de marche à travers un paysage boisé et verdoyant. Je m'accorde la pause de la mi-journée près de la toute petite église ( romane, toujours ) de Saint-Félix, dans sa niche de verdure. La paroisse ne doit pas être bien riche car les chaises sont en tube métallique, comme à la cantine. J'y retrouve Renata mais aussi un énergumène qui porte deux sacs à dos, le moins gros est rempli de livres de prières. Il avale, lui aussi, ses cinquante kilomètres quotidiens. Belle santé !
En compagnie de Renata, je m'arrête pour boire un café dans une auberge à proximité : la télé est allumée et déverse un programme d'infos gratiné : un incendie dans un immeuble qui a fait dix sept morts, des inondations monstrueuses en Allemagne et en Suisse. Tristesse.
Figeac, la ville natale de Champollion, est terminus pour Gabriel mais aussi pour Renata. Je la croise justement en me promenant dans les rues du centre historique de la vieille ville, elle me propose de l'accompagner au Carmel où elle a réservé sa chambre. J'accepte par curiosité et pour rester un peu avec elle car j'apprécie sa compagnie. Le Carmel est une très vieille bâtisse en mauvais état. A l'heure actuelle, y vivent encore cinq religieuses très âgées. Nous faisons la connaissance de Carmen, l'hospitalière espagnole, qui nous accueille dans sa minuscule cuisine-salle à manger où elle nous offre une collation. Pour des questions d'horaires imposés par le réglement du Carmel, Renata renonce à sa chambre pour me rejoindre dans mon gîte mais nous acceptons l'invitation à dîner de Carmen.
Nous y faisons la connaissance de Rudolf, un prêtre allemand de soixante-neuf ans. Il est sympathique et souriant mais ne parle ni anglais ni français. Comme je ne connais pas l'allemand, nous échangeons en espagnol et, de ce fait, je l'appelle Rudolfo, ce qui l'amuse beaucoup.
Chaleureuse soirée qui doit beaucoup à Carmen, si gaie et si généreuse. Elle habite Logrono, dans la Rioja, où elle exerce la profession d'éducatrice spécialisée. Elle vient de passer un concours difficile pour se consacrer aux enfants gravement handicapés et réserve chaque année une bonne partie de ses congés à l'accueil des pélerins. Elle sera peut-être chez elle à la date où j'y ferai étape et me laisse ses coordonnées plus quelques recommandations sur divers gîtes espagnols.
Dans les rues qui nous ramènent au gîte, la conversation se prolonge avec Renata. Elle me confirme ce dont je m'étais rendu compte par moi-même : le début d'une idyle avec François II. Il est déjà rentré chez lui, dans l'Ouest de la France, depuis quelques jours mais ils doivent se retrouver demain à Lyon.
Nous nous sommes trouvé beaucoup d'affinités et avons échangé nos adresses. Adieu, Renata, n'oublie pas d'être heureuse.

                                             Chantal, la passante de Compostelle.

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Mardi 8 juillet 2008


Jeudi 25 août


Dure était la descente pour arriver à Conques, dure est la montée pour en partir. Mais, une fois sur les hauteurs, surtout ne pas oublier de se retourner pour admirer le panorama que l'on laisse derrière soi, c'est la récompense de l'effort.
Marguerite, à son tour, nous quitte avant Decazeville. Elle est très contente d'être arrivée jusque-là. Elle me laisse ses sandales et son duvet ( la veille, Gabriel, a reconnu qu'il avait été un peu léger en m'affirmant que je n'en aurai pas besoin en Espagne. Tout penaud, il était. Sacré Gabriel ! ). Marguerite est une femme adorable, douce et discrète. Nous sommes tristes, Patrice et moi, de cette nouvelle séparation qui nous touche plus que les autres. Nous formions avec elle un trio solidaire et harmonieux qui avait surtout eu le mérite de s'être créé dans la " virginité " de notre départ initial. J'apprendrai par la suite à vivre ces petits deuils successifs avec plus de détachement.
Mon gîte, à Livinhac, est une ancienne magnerie. J'ai une chambre pour moi toute seule dans la tour qui en comprend trois, sur trois niveaux.
Au-dessus de moi, il y a Ange, un Breton qui en est à son troisième. Au-dessous, c'est Chantelle, une Québécoise, stopée dans son élan par une entorse à la la cheville.
Sans être franchement impolie, je n'encourage la converstion avec aucun au dîner et préfère me réfugier dans ma chambre, îlot de solitude, plus adapté à mon état d'âme.

                                               Chantal, la passante de Compostelle.

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Lundi 7 juillet 2008


Mercredi 24 août


Ce matin, joie et tristesse. D'abord la tristesse des adieux à François, Catherine, Marie-Emmanuelle, Gaëlle..., puis le plaisir, et la surprise, de voir débarquer Philippe, comme un revenant.
Revenant, il l'est, la rechute d'une tendinite l'a obligé à s'arrêter à Livinhac. Il s'est fait ramener en voiture ici pour prendre un car. Ensuite la joie de revoir mes amies. Elles arrivent peu avant midi. Nos retrouvailles sont d'abord chargées d'émotion, nous nous étreignons en silence, tant le poids de leur deuil récent est lourd et tant mon désir de le partager est fort.
Je leur présente mes camarades : Marguerite, Patrice, Renata, François II, Wolfgang... et leur fait visiter mon hébergement. Elles tombent sous le charme, elles aussi. Nous pique-niquons à l'écart de la foule et passons l'après-midi à baguenauder dans cette charmante cité. Leur départ me laisse comme orpheline. Elles ont fait trois cent cinquante kilomètres aller-retour pour passer quelques heures avec moi.
Ce soir, comme hier, je sèche la cérémonie de bénédiction des pélerins mais vais écouter, après dîner, un concert d'orgues à l'église.

 

                                                   Chantal, la passante de Compostelle.


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Dimanche 6 juillet 2008

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Dimanche 6 juillet 2008


Au début du neuvième siècle, une petite abbaye, construite sur l'emplacement d'un ancien ermitage, périclite dans un site sauvage et hostile de l'Aveyron. Mais en 866 l'abbaye parvient à se procurer, en les volant, dit la chronique, dans un monastère d'Agen, les reliques d'une jeune vierge martyrisée au III ème siècle : Sainte Foy. Et c'est le miracle. Grâce à la sainte, la petite abbaye perdue au milieu de nulle part se met à prospérer.
Vers le milieu du XI ème siècle le succès est tel que l'ancienne église de l'abbaye ne suffit plus : il faut en construire une nouvelle, plus grande et plus belle, tant pour honorer la sainte que pour mieux accueillir les foules de pélerins. Ce sera l'église abbatiale Sainte Foy de Conques, l'un des ouvrages les plus importants construit dans la France du XI ème siècle. Sa beauté, sa cohérence, son site, un petit village à l'écart des grands axes de circulation médiévaux, son aspect novateur, son état de conservation et la présence du Trésor et de la Majesté de Sainte Foy en font un des plus beaux exemples d'architecture romane en France.
Ce qu'on appelle l'architecture romane ( le terme date du XIXe siècle ) c'est à dire la renaissance architecturale qui eut lieu en Europe Occidentale entre le XI e et le XII e siècle. C'est une période d'invention et de grande énergie créatrice qui se traduit essentiellement par la construction de grandes églises monumentales, souvent attachées à une abbaye. Par ses pratiques, cette architecture connu, pas de "maître bâtisseur" identifié. A l'exception des pierres taillées sur les quelles les tailleurs laissent leurs marques, rien n'est signé. On ne sait pas qui fait les plans, comment s'organisent les chantiers.
L'église est accrochée à flanc de colline, une position héritée de l'ermitage d'origine, mais totalement inadaptée pour un édifice de cette taille. De l'extérieur elle semble massive et compacte, presque trapue. A l'intérieur on est surpris de découvrir une nef lumineuse de 22 mètres de haut. Tout a l'air subitement simple, clair et léger. C'est à l'opposé du vieux cliché qui veut que l'architecture romane soit basse et sombre. Cette volonté d'élévation monumentale, qui tient de l'acte de foi est une des marques de l'architecture romane. Elle donne naissance à un nouveau système de construction, plus sophistiqué, plus rationnel : pillier, arcs, bas côtés, tribunes constituent autant d'éléments qui s'épaulent les uns les autres et permettent au bâtiment de monter en hauteur, de gagner en lumière.
La " modernité romane " , c'est aussi l'apparition sur les chapiteaux sculptés et sur le tympan, de la figure humaine, qui remplace peu à peu l'ancienne sculpture purement géométrique et ornementale. Mais plus étonnante encore que la beauté de ces figures est leur position : systématiquement asservies à l'architecture dont elles soulignent les articulations, elles sont dispersées dans l'immense volume de la nef, pratiquement invisibles à neuf mètres au dessus du sol, comme si elles n'avaient pas besoin de notre regard pour exister.
Mais Conques s'est aussi construit sur une contradiction. C'est à la fois l'église de l'abbaye, conçue pour une communauté recluse et l'église des pélerins accueillant un flux constant de fidèles venus de loin pour se recueillir un instant devant la statue reliquaire de la Sainte. Il faut donc construire deux églises en une, assurer à la fois la séparation et la cohérence. Alors que la nef et le transept de l'église reprennent pratiquement tel quel le plan traditionnel de la basilique romaine, le chevet de l'église est totalement repensé pour répondre à ces nouveaux besoins. C'est là que se trouve l'autel, c'est là aussi que sont exposés les reliques de la Sainte. C'est l'espace le plus sacré de l'église, qu'il faut à la fois ouvrir et interdire, montrer et protéger, qui devient ainsi le lieu de l'innovation architecturale.
C'est à Conques qu'on a mis au point le prototype de ce nouveau type d'église qu'on appelle l'église du Pélerinage, et qui dans les décennies suivantes sera repris partout en France et en Espagne.
                                        Source: Arte
Conques


L'Architecture Romane


Arte



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Dimanche 6 juillet 2008


Mardi 23 août


Le repas, la soirée et le petit déjeuner se sont déroulés selon nos prévisions pessimistes. Etape à oublier. Gabriel, outré, m'annonce qu'il n'a pas fermé l'oeil de la nuit car il y avait deux ronfleuses parmi ses voisines, qui se relayaient sans relâche. Il ne s'est pas gêné pour le leur dire.
Ce matin, le départ se fait dans la brume, elle sera bientôt remplacée par une pluie fine et tenace qui sera notre lot pendant trois heures. J'ai pourtant bien averti mes compagnons que j'ai prévu de tous temps, d'arriver à Conques sous le soleil et qu'ils n'avaient pas à s'inquiéter. Patrice et Marguerite sourient sous leur capuchon, l'oeil taquin. Mais, deux kilomètres avant l'arrivée, alors que nous attaquons la descente empierrée, la pluie cesse brusquement et le soleil se met illico à briller de mille feux. Ca leur en bouche un coin, ils commencent à me considérer avec plus de respect...
L'église romane Sainte-Foy est saisissante de beauté, de grandeur et de simplicité. Le tympan du portail est une vraie bande dessinée médiévale, sculptée dans la pierre, qu'un moine s'applique à expliciter, avec talent, aux touristes amassés en demi-cercle sur le parvis de l'église. Comme il lui faut montrer les détails qu'il décrit, bien trop hauts pour être atteints par la main, il utilise deux outils : un petit miroir de poche qu'il fait miroiter avec le soleil à l'endroit visé et, si le soleil se voile, un piquet de tente igloo qu'il déplie et replie habilement. Il est un spectacle à lui tout seul. De plus, sa voix de stentor n'a pas besoin d'ampli pour être entendue par l'assistance.
A côté de l'église, l'abbaye accueille les pélerins. J'ai annulé ma réservation au gîte communal pour rester ce soir avec mes compagnons dont la majorité se retrouve ici. Pour plusieurs d'entre eux, ce sera le terminal, tout au moins pour cette année. L'endroit est magnifique, tout empreint d'histoire et de sérénité. La simplicité de l'équipement me convient tout à fait et je ne regrette pas mon choix.
Dans l'après midi, nous jouons un peu les touristes, nous aussi. Le site est vraiment enchanteur, dans toutes ses dimensions. Et il fait si beau... Je ressens comme un sentiment de grâce assez irréel.
Demain sera mon premier jour de repos. De plus, je vais avoir le visite d'Annie et de Michèle. Quelle belle journée en perspective !

                                                       

                                                           Chantal, la passante de Compostelle.


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Samedi 5 juillet 2008


Lundi 22 août


Une assez longue étape m'attend aujourd'hui ( vingt-sept kilomètres et demi ). La météo reste semblable à celle d'hier mais ne gâche pas la traversée du très beau village d'Estaing. Je déjeune au bord du Lot avec Gabriel et Richard, un nouveau venu. Le chemin grimpe dur à travers la forêt mais avec ces deux-là, je ne traîne pas. Je pourrais très bien les laisser continuer seuls mais cela m'amuse, de temps en temps, de m'accrocher à plus rapides que moi et, sur de courtes distances, faire jeu égal avec eux.
D'emblée, le gîte de Golinhac ne nous inspire pas. Nous le trouvons froid, d'un modernisme de mauvais goût, sans âme. Pour passer le temps, j'accepte l'invitation à jouer aux cartes avec des inconnues.
Gabriel se retrouve le seul homme avec cinq dames dans son dortoir, toutes vêtues du même pull mauve chiné tricoté par l'une d'elles avec " GR 65 " brodé en noir sur le devant. Elles lui ont déjà demandé d'un air soupçonneux s'il ronflait. Sa mine déconfite me met en joie et il finit par rire de son cas.

                                                    Chantal, la passante de Compostelle.

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Vendredi 4 juillet 2008


Dimanche 21 août


Il fait très, très frais et très, très gris ce matin. Je chemine un temps avec Léo et ses maîtres. Léo est un super " grand noir du Berry ". De son pas tranquille, il avale ses quinze kilomètres quotidiens. L'équipage n'est pas très matinal, il ne se met en route qu'à onze heures du matin. Et alors ?
Le gîte d'Espalion est très beau et a l'air neuf. En fait, il fonctionne depuis cinq ans mais Sylvie, qui en a la charge, le bichonne avec tant d'amour qu'il a gardé son air pimpant. Les pélerins n'ont pas droit à tant d'égards, elle nous houspille volontiers et nous rappelle les règles de la maison d'assez vive manière. Je lis dans le livre d'or que c'est de l'humour. Ah, bon !
Dehors, ce n'est pas mieux. Il fait glacial sur l'esplanade du village où un orchestre donne un concert devant un public rare et frigorifié. Le chef s'excuse de la minceur de l'effectif des musiciens mais il explique que la moitié d'entre eux a attrapé froid en jouant en bras de chemise la veille dans un village voisin. Aujourd'hui, les rescapés ont mis le blouson, bien zippé jusqu'au menton. Nous les applaudissons longuement, ça réchauffe tout le monde.
Nous nous retrouvons, à sept, à l'un des restaurants du village pour un dîner très gai.

                                                       Chantal, la passante de Compostelle.

                                                  

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Jeudi 3 juillet 2008

" Avec Edvige, il ne s'agit plus de ficher les auteurs d'infractions constatées, mais, comme pour la rétention de sûreté, de cibler ceux que l'on étiquette d'avance comme de futurs délinquants hypothétiques ".
Le site de la Ligue des Droits de l'Homme

  Le Site



Un décret paru mardi au journal officiel a donné naissance au fichier Edvige pour Exploitation documentaire et valorisation de l'information générale. Il contiendra des données comme l'état civil, les adresses physiques, numéros de téléphone et adresses électroniques, ainsi que les signes physiques, photographies et comportement. Les informations collectées sont notamment " relative aux individus, groupes, organisations et personnes morales susceptibles de porter atteinte à l'ordre public ". Des données peuvent aussi être collectée sur les personnes " ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique " ou jouant un " rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif ".

Voir articles
Voir :
     indignations

 

 


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Jeudi 3 juillet 2008

Samedi 20 août


Ma journée commence au milieu des vaches et des taureaux, heureusement paisibles. Les belles bêtes que voilà ! Pelage blond ou roux, cornes élégantes et yeux de houris. Je manque me perdre à trop les caresser ( du regard ) et retrouve mon chemin grâce à une immense flèche horizontale constituée de pierres disposées sur le sol ( et, de ce fait même, invisible de loin ) et aussi grâce à François, un jeune géant au sourire d'ange, qui me rappelle car je partais à l'opposé. Il fait partie du trio arrivé sous l'orage jeudi soir. Deux belles jeunes filles l'accompagnent, Catherine et Marie-Emmanuelle. Je les laisse derrière moi et suis rejointe peu après par Philippe que je n'ai encore jamais vu et pour cause : il marche vite, très vite. Le courant passe immédiatement avec cet inconnu sympathique de quinze ans mon cadet, au physique avenant ( je saurai plus tard que j'ai fait des envieuses... ). La conversation s'engage tout naturellement et j'adopte son rythme sans m'en rendre compte, ce qui fait que j'arrive à Saint-Chély à une heure moins le quart. C'est un peu tôt pour finir la journée mais j'ai réservé au gîte communal. Philippe, lui, continue jusqu'à Saint-Côme d'Olt. Il ne fera guère plus que le double de moi aujourd'hui !
Je me traîne tout l'après-midi avec le vague regret de perdre un peu mon temps. De plus, il ne fait pas très beau, un temps à marcher, quoi ! Au gîte, la soirée s'organise autour d'un repas communautaire très sympathique. En plus de Marguerite et de Patrice que je retrouve avec plaisir, je revois des têtes connues : " le Club des Cinq " ( partis en sens inverse ce matin, ils ne s'en sont aperçus qu'au bout de huit kilomètres ), " la famille Zitoune " ( Zitoune, c'est le nom du chien ), Gabriel ( qu'on appelle encore le Monsieur de Perpignan ), le trio de l'orage et Gaëlle, une petite nouvelle au sourire malin dont on apprendra plus tard qu'elle est une athlète de haut niveau. Il y a aussi Wolfgang, un Allemand de soixante-trois ans, parti de Nuremberg en mai. Il a traversé l'Allemagne, l'Autriche et la Suisse et se sent un peu fatigué; ces temps-ci, il ne fait plus que dix kilomètres par jour mais son objectif est bien d'arriver à Saint-Jacques. Se trouvent là aussi un autre François ( que j'appelle François II ) et Renata, déjà rencontrée avec Claude et Chantal. Elle est Allemande et parle remarquablement bien le français. Nous convions à notre festin improvisé Roman, un jeune Tchèque, qui mange tout seul dans son coin. On ne peut communiquer qu'en anglais avec lui. Catherine se révèle une interprète de qualité et nous apprend qu'il marche depuis le quinze juillet, est passé par Rome et fait des étapes de cinquante kilomètres. Chapeau, jeune homme ! Il accepte avec simplicité ce que nous lui offrons, c'est un vrai plaisir de le voir se régaler.

                                                    Chantal, la passante de Compostelle.

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Mercredi 2 juillet 2008




Vendredi 19 août


Le sort m'adresse un premier signe de bienveillance : Chantal et Claude sont rappelés chez eux pour un décès dans leur entourage. Ce décès, qui ne les touche pas de trop près, nécessite cependant leur présence. Evidemment, la question du sac n'est plus à l'ordre du jour. Claude prévoit de revenir dans cinq jours alors que Chantal retournera à son travail. Je compatis tout en me réjouissant à la perspective de me mettre sur le dos un sac de cinquante litres au lieu de soixante-dix ! De quoi me changer la vie. Quand je pense que je me torture depuis un an en m'entraînant à porter ce sac de malheur, chargé à mort, c'était bien la peine ! J'ai une pensée pour Josiane qui m'avait longuement aidée à le choisir.
J'ai un temps idéal pour la traversée de l'Aubrac : sec  et frais. Me viennent à l'esprit les récits des marcheurs égarés en ces lieux par temps de brouillard, avec le vent et le froid. Ca ne doit pas être mieux avec la canicule. Je me réjouis du ciel clair de la journée et me laisse pénétrer par la puissante impression laissée par ce paysage si particulier : à perte de vue, des pâtures d'herbe rase séparées par un réseau de murets de pierres. J'ai une pensée pour les générations de paysans qui se sont livrés, au fil des siècles, à ce formidable travail de construction. J'ai appris le nom des jolies fleurs à grappes roses qui tapissent le chemin depuis quelques jours,il s'agit du " thé de l'Aubrac ". On en fait une tisanne aux multiples vertus.
Marguerite et Patrice ( le monsieur au grand bâton ) s'arrêtent à Rieutort. Je découvre, de l'entrée, sous le regard sévère de la propriétaire, la yourte dans laquelle ils passeront la nuit. Je les envie un peu mais j'ai retenu ma place au gîte communal de Nasbinals. Une famille d'origine africaine m'y rejoint : papa, maman, une adolescente à l'air grave et un garçon de huit ans qui en paraît douze. Je souris intérieurement en les voyant car, arrivée la première, j'avais lu sur la liste que je devais partager ma chambre avec quatre personnes nommées " Nang " et je m'étais figuré qu'elles étaient asiatiques. Eux aussi sont partis pour marcher une semaine. Avec des enfants de cet âge, ce n'est déjà pas si mal.

                                                     Chantal, la passante de Compostelle.

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Mardi 1 juillet 2008



Jeudi 18 août


Cette petite étape de quinze kilomètres est la bienvenue après la longue virée d'hier. La pluie annoncée n'est toujours pas au rendez-vous. Comme les jours précédents, j'ai les nuages dans le dos et le ciel bleu dans les yeux.
Une fois passée la partie ravagée par la tempête de décembre 1999, la forêt est plaisante à traverser. Plus loin, je marche au milieu de grandes pâtures parsemées de grosses pierres. Je me réjouis d'avoir un temps sec pour marcher dans les sentiers ravinés. Un groupe de moto-cross incongrues, bruyantes et malodorantes viennent, le temps d'un aller-retour, troubler la sérénité des lieux. Finalement, l'orage éclate mais peu m'importe, je suis déjà arrivée à mon gîte et j'effile les haricots verts du dîner en compagnie de Marcelle et Catherine, les premières " transbagagées " que je rencontre.
Trois pélerins arrivent plus tard, ruisselants.
Le repas est succulent ( le maître des lieux est un ancien cuistot ) : salade de haricots verts, aligot, grillades, clafoutis aux cerises. On me fait remarquer que je mange aussi lentement que je marche vite...
Avant de me coucher, j'échange mon sac avec celui de Claude. Chantal, sa femme, m'a un peu aidée à le convaincre. Il a fini par accepter mais à l'essai pour vingt-quatre heures, précise-t-il, on verra ce que ça donne demain soir.
Pour moi, c'est tout vu.

                                                         Chantal, la passante de Compostelle.

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Lundi 30 juin 2008


Dans la première partie de l'émission " Tout arrive " sur France-Culture , consacrée au 36e Festival International du film de La Rochelle ( 50 bénévoles ), une info sur le différend entre l'U.R.S.S.A.F. du Puy- de-Dôme et le Festival International du Court-Métrage de Clermont-Ferrand . L'URSSAF demandant au festival de Clermont-Ferrand d'embaucher des salariés à la place des bénévoles ( 240 bénévoles pour ce festival). Cela fera-t-il jurisprudence ?

Ecouter l'émission.

Liens : Festival de Clermont-Ferrand , 
             
            Festival de La Rochelle

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Lundi 30 juin 2008


Mercredi 17 août


La vie est belle : j'ai laissé deux kilos et demi à la Poste ( en espérant  ne pas  regretter par la suite certains objets... ). Il est donc plus de neuf heures encore aujourd'hui quand je prend le chemin, guidée par un grand pélerin de bois qui montre de son bras tendu, la direction à suivre; j'ai proposé à Marguerite de partir devant, je la rejoindrai plus tard. Quelques gouttes effraient un couple de Hollandais qui s'empresse d'enfiler les K-Ways.
Finalement, le beau temps s'installe. Les maisons deviennent moins austères. Encore de belles forêts de sapins, celles-ci sont tapissées de bruyère en fleur. Que c'est beau ! Je retrouve Marguerite près de la Tour de la Clauze. Saint-Alban est encore loin mais la Limagnole vient au-devant de nous pour un bain un bain de pied rafraîchissant. Nous nous retrouvons quelques-uns à patauger avec ravissement dans le " clair petit ruisseau ". Il paraît que ce n'est pas indiqué pour les marcheurs au long cours que nous sommes mais l'eau est douce pour nos pauvres pieds durement éprouvés sur ces chemins très caillouteux. Il y a là aussi " le monsieur au grand bâton " croisé depuis lundi. Il prend une photo de ses pieds dans l'eau, " ils l'ont bien mérité ", dit-il.
De la terrasse du gîte de Saint-Alban, je vois un très joli clocher-mur, l'église est intéressante me dit-on mais je suis trop fatiguée pour sacrifier au tourisme.
Au dîner, une discussion s'anime sur la religion. En face de moi, sont assis Chantal et Claude, un couple de Chambéry. Elle, se dit catholique mais , curieusement, elle croit à la réincarnation et argumente sa théorie avec conviction. Lui, a une croyance plus conventionnelle. Gabriel annonce qu'il a reçu la foi sur la Meseta, en Espagne. Je pense que je dois être la seule, autour de cette table, à avoir entrepris l'aventure sans raison religieuse. Et pour quelles raisons, d'ailleurs ? Souvent, je me poserai cette question.

                                                         Chantal, la passante de Compostelle.






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Dimanche 29 juin 2008

 


Rémi, écoutant la mer - Edouard Boubat - août 1955

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Dimanche 29 juin 2008

 


A Semur - en - Auxois, Jeannie Longo remporte son 53e titre de championne de France en dominant outrageusement le contre -  la - montre.
                                                     Réactions :

" Faire encore du vélo à 50 ans ? Non, non, pour moi, c'est impensable. J'espère que j'aurai une autre vie à cet âge-là " : ainsi s'exprime la Messine Julie Krasniak ( 20 ans depuis le 5 juin ), 4e hier.
" Sportivement, on ne peut rien enlever à Jeannie mais je trouve que le système français est mauvais. La moyenne d'âge des filles qui vont aller aux J.O. est de l'ordre de 40 ans alors que d'autres pays préparent l'avenir. Aujourd'hui, je termine à 30 secondes de Pitel et je vais sans doute être privée de Pékin. "
L'étudiante en droit a plaidé sa cause mais elle sait que la meilleure chance d'inverser la tendance consisterait à gagner, demain la course en ligne : " si j'arrivais à les aligner, ce serait  ridicule de ne pas me sélectionner pour les J.O. "
Emmanuelle Merlot, 3e espoir, abonde dans le sens de Julie et les deux jeunes filles lachent : " Si ça se trouve, Jeannie courra encore à 60 ans. "
Elle en est capable. Hier, en tout cas, elle affichait une forme olympique.

                                                                                                                    Jérome Le Gall
                                                                                                          
Extrait, article Télégramme de Brest;

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Dimanche 29 juin 2008

 


Mardi 16 août


Je n'ai rien expédié ce matin : le "point Poste" ( dont j'ai attendu l'ouverture jusqu'à neuf heures ) n'avait plus de carton adéquat. Je me résigne à porter encore aujourd'hui treize kilos sur le dos mais l'idée d'alléger ma charge dès demain me  la fait paraître moins pesante.
Je chemine avec Marguerite, jolie dame blonde, mince et bronzée. Elle m'avoue qu'elle aussi a été éprouvée hier et se demande si elle arrivera jusqu'à Saugues aujourd'hui. Pourtant son sac n'est pas bien gros et n'a pas l'air bien lourd mais elle ajoute qu'elle n'a pas beaucoup l'habitude de marcher. Elle vient de Valenciennes et prévoit de cheminer une huitaine de jours. Je suis surprise d'apprendre qu'on puisse partir pour d'aussi courtes périodes sur le Chemin. J'apprendrai en fait très vite que c'est là monnaie courante et que les marcheurs partis du Puy avec l'idée d'aller jusqu'à Saint-Jacques ne sont pas les plus nombreux.
Il faisait frais au départ mais le soleil est vite venu nous réchauffer. Le chemin est parfois rude, il y a beaucoup de cailloux et de dénivelé avant et après Monistrol. La petite chapelle de la Madeleine nous fait signe pour une première pause. A l'entrée de Saugues, en surplomb de la ville, une énorme bête du Gévaudan sculptée dans le bois rappelle, gueule ouverte, l'histoire qui a terrorisé la région il y a bien longtemps. Un lycée professionnel enseigne ici toutes les techniques de travail du bois. Nous admirerons, disséminées à travers les rues, divers réalisations des élèves.
Le gîte communal, quant à lui, est en-dessous de tout, crasseux et mal commode mais nous avons la chance d'y être seules, Marguerite et moi, et nous apprécions l'écrin de verdure qui nous entoure.


                                                                   Chantal, la passante de Compostelle.
                                                           

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Samedi 28 juin 2008

Voir " Clin d'oeil gourmand  " d'Anne Guillard


Guillaume Cherel est " Sur les pas de Jack Kerouac "

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Samedi 28 juin 2008


Lundi 15 août


Il est huit heures et quart quand je prends le GR 65, pas fâchée au fond de quitter le Puy, un peu trop "embondieusée" par la fête. Dès les premiers kilomètres, je découvre, ici ou là, ceux qui seront mes premiers compagnons de route. On s'entrevoit à l'occasion des pauses, on se reconnaît, sourires, timidité mais déjà connivence, sentiment d'appartenir au même groupe.
A Montbenet, je m'arrête pour visiter la très jolie et très vieille petite église romane. Le temps est idéal : soleil, fraîcheur et petite brise. En fin de matinée, alors que la chaleur s'accentue, à la sortie d'un hameau, une pancarte annonce " boissons fraîches gratuites " : des adolescents proposent effectivement eau réfrigérée et sirops de fruit... ainsi que des coquilles Saint-Jacques enfilées sur un fil rouge à trois euros pièce ! Je bois un verre d'eau, remercie mais délaisse la coquille. Il me semble plus judicieux d'aller la ramasser plus tard, bien plus tard, sur la plage du Cap Finisterre... si j'arrive jusque là.
Je traverse une belle forêt de sapins. Même pas peur ! Mais mon sac est lourd, j'ai mal aux épaules et suis contente d'arriver à Saint-Privat.
Je constate dès le premier pas dans le village que le thème " Chemin de Compostelle " est bien récupéré par le marketing local : le bar désigné " Chez Bruno " dans mon topo-guide est devenu " Kompost'L ".
Le gîte de la Cabourne est fermé mais la salle d'accueil est ouverte. Les responsables ont laissé un mot annonçant leur arrivée à seize heures. Un pélerin est arrivé avant moi : Gabriel, cinquante-deux ans, venu de Perpignan ( il m'apprendra tout cela par la suite ), il a déjà fait la partie espagnole et en parle volontiers. D'emblée, il m'assène une vérité que je pressentais déjà : mon sac est trop grand et trop lourd. Sur ses conseils je décide de renvoyer demain : duvet, popote et réchaud, bouquins... La dame du gîte me suggère même la possibilité d'échanger mon sac avec quelqu'un au physique plus adapté que le mien pour le porter. L'idée n'entre pas dans l'oreille d'une sourde.

                                                                   Chantal, la passante de Compostelle.

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Vendredi 27 juin 2008

 

Dimanche 14 août 2005


J'arrive à la gare à dix-sept heures dix sept. Il tombe quelques gouttes et l'air est nettement plus frais qu'à Avignon. Tant mieux ! Je trouve sans peine le centre Pierre Cardinal et Oh, surprise ! ma chambre ( où nous sommes quatre ) est équipée d'une fenêtre alors qu'on m'avait sinistrement annoncé une pièce aveugle. Je vais faire un tour à la cathédrale d'où je partirai demain matin.
La ville du Puy est en effervescence : c'est le premier jubilé du siècle, le prochain sera en 2016 et le suivant en 2057 ! De nombreux passants portent l'écharpe blanche qui mémorise l'événement, un signe de ralliement comme un autre pour tous ces croyants. Par la suite, je reconnaîtrai cet élégant accessoire au cou de quelques pélerins. Je marche légère tout en pensant au sac que je porterai demain, j'appréhende un peu.
Au centre d'accueil, je dîne en compagnie d'un jeune couple venu de Lille. Lui est Irakien, il me parle de son pays et de ce qui s'y passe aujourd'hui. Je me couche tôt, l'esprit entièrement accaparé par l'aventure qui m'attend, un peu moins stressée toutefois que ces derniers jours, maintenant que je suis au pied du mur.

                                                                    La passante de Compostelle - Chantal


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